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réalisée sans trucage - photo : sébastien rambour
Je venais de refermer sur ces dernières lignes le livre de la coréenne Jung-Hi Oh, L’âme du vent. Le bus était arrivé à son terminus, la plage de Deachon. Le trajet depuis Teajon avait été ensoleillé. A travers les vitres, j’avais regardé défiler les plaines, les yeux plissés par la luminosité, somnolant à demi, bercée par une douce chaleur. Mais à peine descendue que déjà le ciel s’assombrissait dangereusement. En quelques minutes, un vent violent s’est réveillé, amenant tempête, pluie et grondements d’orage.
En été très fréquentée, Deachon reste en sommeil le reste de l’année. Quelques couples à la recherche de la solitude sont venus comme nous y trouver un souffle de nature. Comme En-Sou dans mon livre, les femmes sont en hauts talons et laissent le vent agiter leur crinière. Comme dans l’histoire, l’air y est dramatique, presque fantastique, mélancolique. Nous sommes restés sur la plage jusqu’aux premières gouttes, défiant le ciel en colère, pour écouter les vagues se fracasser, entendre nos semelles frotter le sable et sentir le vent cingler nos lobes.
On a fini par se réfugier dans un restaurant de poisson cru qui donne sur la plage. Du premier étage, la pluie battante sur les vitres, le ciel devenu nuit noire et la mer déchaînée furent un spectacle magique. Une heure plus tard, le soleil perça et tout redevint lumineux. De jeunes Coréennes à nouveau couraient sur le sable en talons hauts et riaient en ramassant des coquillages.